Négociations avec l’industrie pétrolière - leurs arguments pour se déresponsabiliser

martedì 3 novembre 2026

Remise de notre lettre ouverte avec plus de 2000 signatures à Avenergy le 13 juillet 2026 Remise de notre lettre ouverte avec plus de 2000 signatures à Avenergy le 13 juillet 2026

Lancée il y a un an, notre campagne « le pétrole tue » veut rendre visible notre dépendance au pétrole pour mieux pouvoir en sortir et montrer que d’autres choix sont possibles.

Notre méthode est celle de l’action nonviolente selon Martin Luther King. La démarche consiste à identifier les acteurs responsables d'une injustice, à leur adresser une demande dilemme afin de créer les conditions d'un changement et de mener des actions directes pour exercer une pression et permettre la négociation.

En septembre 2025, nous avons écrit aux 13 plus grandes entreprises de distribution de pétrole en Suisse (Avia, Socar, Coop Pronto, Migrol, Jubin Frères, Tamoil, Volenergy, Shell, Eni, Combustia, Agrola, Scall, ECSA) pour leur demander de dire la vérité sur leurs activités climaticides et d’apposer un avertissement climatique clair et visible sur chaque pompe à essence, à l’image des avertissements sanitaires sur les paquets de cigarette.

Première victoire

Suite à nos lettres, à notre lettre ouverte et à nos actions aux sièges des entreprises concernées et dans leurs stations-essence, nous avons réussi à amorcer un dialogue avec 7 entreprises de distribution et avec la faîtière Avenergy (anciennement Union pétrolière), principal lobby pétrolier en Suisse. Malgré une demande inhabituelle et dérangeante pour leur business, elles ont choisi d’ouvrir un dialogue avec nous.

Aucune des entreprises rencontrées ne nie le dérèglement climatique — et, vu la montée du climato-scepticisme, c’est plutôt rassurant. Toutes reconnaissent la nécessité d’une transition énergétique. Lors de nos rencontres, le débat n’a donc pas porté sur l’existence du problème, mais sur la responsabilité de chacun, les solutions à privilégier et la vitesse à laquelle nous devons agir.

Ainsi, lorsqu’il s’agit de faire un pas supplémentaire — informer sur les ravages du pétrole avec un avertissement climatique là où l’on vend du pétrole — nos stickers restent largement refusés. Nous avons inventorié ci-dessous les principaux arguments que les distributeurs de pétrole utilisent pour justifier ce refus et, de manière plus générale, leur inaction en matière de protection du climat.

Arguments utilisés par l’industrie pétrolière pour justifier son inaction climatique

« Nous faisons déjà beaucoup. » Investissements dans les bornes de recharge, électricité renouvelable, biocarburants, hydrogène, carburants de synthèse, objectifs de réduction des émissions, voire compensation des émissions de CO₂ : chaque entreprise présente sa stratégie et ses investissements pour démontrer qu’elle agit en faveur du climat. Certaines rappellent même qu’elles prennent des risques financiers importants pour développer les énergies d’avenir. Ça permet de verdir leur image en passant sous silence leur impact désastreux !

« Nous ne pouvons pas résoudre un problème mondial à nous seuls. » Certaines entreprises soulignent que leurs stations-service ne peuvent rien contre le dérèglement climatique. D’autres renvoient une partie de la responsabilité vers les pouvoirs publics, les consommateur.ices ou le cadre réglementaire pour justifier leur inaction. Le problème est mondial, les responsabilités sont collectives… donc c’est pas nous!

« Nous ne pouvons pas être les seuls à le faire. » Plusieurs entreprises craignent de se retrouver désavantagées face à leurs concurrents. Certaines souhaitent que tous les distributeurs soient associés à une démarche commune. En somme : la transition, oui, mais pas question d’être le premier à prendre le risque.

« Vos autocollants sont trop négatifs. » Les mots sont jugés « extrêmes », « provocateurs » ou « accusateurs ». Une entreprise craint que ses clients ne se détournent de ses stations ; une autre ne veut pas « faire peur ». Même celles qui acceptent le principe d’un avertissement souhaitent parfois un message positif mettant en avant les alternatives. Le problème n’est donc pas tant de parler du climat que de rappeler, directement sur la pompe, le lien entre le produit vendu et ses conséquences désastreuses pour nous tous.

« Les alternatives ne sont pas à la hauteur ». Plusieurs interlocuteurs mettent en doute la mobilité électrique en évoquant notamment l’extraction du lithium, la fabrication et l’élimination des batteries ou les limites des infrastructures. Certains défendent plutôt les carburants alternatifs liquides, le HVO ou les carburants de synthèse. Un débat certes légitime mais qui sert de prétexte pour retarder la sortie des énergies fossiles et esquive volontairement la réduction nécessaire de nos usages.

Et puis il y a « le marché ». Certaines solutions ne sont pas encore rentables, la demande est insuffisante, les investissements sont considérables et les infrastructures coûtent cher. Même des technologies dans lesquelles des entreprises ont investi lourdement restent aujourd’hui déficitaires. En clair, la transition est nécessaire, mais elle doit être rentable, demandée par les consommateur.ices, soutenue par les politiques publiques et compatible avec la concurrence… 

Après un an de négociations, nous retenons donc une chose : entre les solutions imaginaires, les fausses excuses, le report de responsabilité et une fervente soumission aux lois du capital, tout est bon pour maintenir le statu quo et continuer une industrie qui est directement responsable du dérèglement climatique et de millions de mort·e·s supplémentaires par année.

Face à cette dé-responsabilisation, nous allons continuer d’augmenter la pression de façon nonviolente pour faire dire la vérité au lobby pétrolier sur l'impact de ses activités.

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